Les AMAP font le plein de commandes depuis le confinement

Les AMAP font le plein de commandes depuis le confinement

producteur-locaux

A l’heure où les marchés et restaurants stoppent leur activité, les petits producteurs d’Île-de-France doivent se débrouiller pour écouler leur production légumière. Par chance (si tant est que l’on puisse se réjouir du climat actuel), le début du confinement coïncide avec la saison basse. Comme le rappelle Marie Kimmerlin, cheffe de culture à la ferme Mûre, c’est le moment d’écouler les stocks de légumes de conservation en attendant la nouvelle saison.

Mais depuis quelques semaines, le confinement fait des miracles chez certains. On est débordé de demandes, s’exclame Sébastien Arlaud, le directeur de la start-up maraîchère francilienne Tomates & co qui livre à domicile des paniers de légumes locaux, de saison et non traités, issus de ses potagers et de ceux de ses partenaires situés principalement dans la région. On a déjà eu plus de 50 nouvelles demandes de paniers. Dans une semaine on sera certainement à 250. Pour nous, c’est du jamais vu !

A La Ruche qui dit Oui, ce réseau de communautés d’achat direct aux producteurs locaux, c’est le même constat : notre site est saturé (et ne l’a jamais été) 6 jours en avance. Nous connaissons un doublement de notre chiffre d’affaires du fait de cette explosion des commandes, m’écrit Thomas, membre de l’équipe.

Qu’est-ce qui motive cette forte demande dès la première semaine de confinement ?

Pour la sociologue Carole Chazoule de l’Isara, cet engouement soudain peut s’expliquer dans un premier temps par la peur. Il n’y a pas eu de crise mettant en péril la sécurité alimentaire à l’échelle nationale depuis les années 50, rappelle-t-elle. En effet, pour l’auteur du livre Résilience alimentaire et sécurité nationale, Stéphane Linou, les territoires français ne permettent pas une résilience alimentaire. D’après l’ADEME, en Île-de-France, 90% des produits alimentaires consommés sont importés, bien que 49% des territoires soient voués à l’agriculture. Une statistique qui permet d’estimer à 3 jours l’autonomie alimentaire de la ville de Paris.

« Que ton aliment soit ton seul médicament » (Hippocrate)

Cette forte demande peut s’expliquer aussi par une certaine redécouverte de l’alimentation permise par l’épidémie actuelle, ajoute Carole Chazoule, car l’alimentation est quelque chose que l’on incorpore, qui a donc un lien à notre santé ; une prise de conscience permise par l’épidémie actuelle. Et puis, il y a certainement cette volonté de porter un mouvement citoyen, de participer à « l’effort de guerre », dit Carole Chazoule.

Depuis 2010, la France connait un développement important des circuits courts et plus largement des circuits de proximité, explique Carole Chazoule. Tels que les Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne (AMAP) dont la première voit le jour en 2001. En Ile-de-France, les 354 groupes AMAP fournissent plus de 20.700 familles (soit près de 47.610 personnes). Une AMAP repose sur un partenariat entre des producteurs et des groupes de citoyens. Ces derniers, les AMAPiens, adhèrent à l’association, s’engagent généralement à l’année pour bénéficier de paniers hebdomadaires et apportent de temps en temps leur aide de manière bénévole pour constituer les paniers et organiser les distributions.

Mais depuis le confinement, il a fallu obtenir les autorisations, trouver de nouveaux lieux de distribution, explique Mathilde Szalecki du Réseau AMAP Ile-de-France. Que ce soit des salles municipales ou associatives, ou des locaux privés, l’épidémie a obligé à revoir les règles de distribution : on prépare tous les paniers à la ferme et on échelonne ensuite la distribution. Chacun respecte son créneau de passage pour minimiser les contacts physiques, précise Yseult Delgeon, maraîchère biologique à la Ferme du Vieux St-Augustin. C’est encore plus important de livrer actuellement car les gens sont confinés chez et cela évite qu’ils se rabattent sur les supermarchés déjà assaillis avec la fermeture des marchés de plein air, ajoute-t-elle.

La solidarité au cœur du réseau

Depuis la première semaine, les commandes ne faiblissent pas. On n’a jamais vécu ça, nous avons 3-4 coups de fil par jour de gens intéressés par des paniers. On fait au mieux mais on ne peut pas répondre à toute la demande, dit Florent Sebban, maraîcher biologique à la Ferme Sapousse. Pour d’autres maraichers comme la Ferme des prés neufs, les légumes destinés aux restaurants remplissent des paniers supplémentaires : on arrive à les vendre à des AMAPiens qui en voulaient en plus ; la famille étant au complet au quotidien à la maison, cela fait plus de bouches à nourrir.

Yseult Delgeon, qui fait aujourd’hui 225 paniers par semaine, précise : les gens nous ont soutenus quand on a commencé, ils ont été solidaires pour la création (en effet, il faut toujours un laps de temps pour que la production d’un maraîcher nouvellement installé soit fructueuse, ce qui n’empêche pas les AMAPiens de conserver leur engagement lors de mauvaises récoltes), et inversement, c’est à notre tour d’être solidaires pour cette période.

Est-ce que cette crise mènera vers un changement durable des habitudes de consommation ? Probablement. Ne dit-on pas qu’il faut trois semaines pour changer ses habitudes ? Dans son Communiqué de presse du 24/03/2020, le Mouvement inter-régional des AMAP appelle les pouvoirs publics français et européens à garantir que l’argent public débloqué dans le cadre de cette crise se focalisera essentiellement sur la construction d’un nouveau monde en soutenant des solutions durables : la relocalisation de l’alimentation, l’installation paysanne, la démocratie locale au niveau des communes avec des conseils citoyens de l’alimentation, l’accès à une nourriture saine pour tous.

Espérons que la transition observée vers plus de durabilité continue de s’accélérer et qu’elle soit accompagnée avec justesse pour assurer la résilience alimentaire des territoires.

par Lauren Terrigeol

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Partagez
Tweetez
Partagez