Episode 5 – « Il m’a rejoint illégalement en France pour le confinement »

Episode 5 – « Il m’a rejoint illégalement en France pour le confinement »

Au Portugal, les sans-papiers et demandeurs d’asile ont été régularisés le temps de la crise du coronavirus, leur permettant ainsi un accès aux soins et des aides financières au même titre qu’un citoyen portugais. En France, le débat est en cours. En attendant, certains sans-papiers se retrouvent dans une situation encore plus vulnérable que d’habitude. C’est le cas de Miguel* qui vit actuellement, en situation irrégulière, chez sa copine Vanessa*.


Miguel, 36 ans, est vénézuélien. Grâce à un visa tourisme de 3 mois, il a eu l’opportunité de venir en Europe l’été 2019. C’est à Nantes qu’il a rencontré Vanessa, 32 ans, à travers une amie en commun qui l’hébergeait. « Au départ, on se parlait peu, mais j’avais remarqué dans son regard qu’il était une personne authentique » confie Vanessa. « Nous nous sommes finalement rapprochés, notre amour était sincère et fort, dès le départ. » Pris de court par cette rencontre inespérée et tombé sous le charme de Nantes, Miguel réfléchit à présenter une demande d’asile en France. Mais le Venezuela n’étant pas considéré par la France comme un pays à risques, malgré la période de grosses difficultés qu’il traverse depuis des années, et Miguel ne parlant pas français, l’obtention du statut de réfugié semble compromis.

« Ayant beaucoup d’amis vénézuéliens qui sont à Barcelone depuis quelques temps, il a choisi d’aller [en Espagne]. Je l’y ai accompagné en covoiturage début septembre, juste avant que son visa de 3 mois n’expire. » raconte Vanessa. Les jeunes amoureux, après une longue discussion, décident alors de donner une chance à leur couple et d’essayer de poursuivre leur relation à distance. « Pendant environ 6 mois, nous nous appelions en appel vidéo via WhatsApp, quasiment tous les jours. Parfois nous nous parlions pendant plusieurs heures. » se souvient Vanessa. « Ça n’a pas toujours été facile car à cause de barrière de la langue, il y a parfois des incompréhensions, des malentendus. Mais on s’efforce de prendre le temps pour se comprendre au mieux. »

Comme beaucoup de sans-papiers, Miguel travaille comme coursier. Il a réussi à trouver un appartement en colocation à Barcelone mais est toujours en situation irrégulière, son rendez-vous de demande d’asile n’étant prévu qu’en septembre 2020. De son côté, Vanessa, travaillant dans la restauration, a un emploi du temps relativement flexible qui lui permet d’aller voir Miguel tous les mois. « J’envisageais de le rejoindre à Barcelone à partir de mai 2020 et travailler dans un bar pour la saison d’été. » explique Vanessa. « Une fois sur place, nous aurions pu nous pacser pour régulariser la situation de Miguel ».

Mais le début de la crise du coronavirus s’annonce, les pays commencent à prendre des mesures de contrôle et la rumeur d’une fermeture des frontières et d’un confinement total se répand. En urgence, par peur d’être séparé de Vanessa pendant plusieurs mois, Miguel part la rejoindre à Nantes en covoiturage. Il arrive le mardi 17 mars, jour de l’annonce d’Emmanuel Macron. Vanessa est partagée : « Quand Miguel était en chemin, je me suis dit « chouette, on va être confinés tous les deux, c’est génial ! » Ça faisait 2 mois que l’on ne s’était pas vus. En fin de compte, passer d’une relation à distance dans deux pays différents à un confinement dans un appartement de 40m² sans jardin, c’est un peu radical comme changement. C’est une drôle de façon d’emménager avec quelqu’un. »

Les tensions apparaissent alors, inévitablement. Miguel manque beaucoup de confiance en lui, doute parfois de la sincérité de Vanessa. Vanessa, elle, est très indépendante et a du mal à maîtriser sa colère, la barrière de la langue n’arrangeant pas les choses. Tous deux ont un passif familial difficile et de grosses blessures à soigner. Le stress est amplifié par la situation de Miguel qui ne peut pas du tout sortir de la maison, n’ayant pas de papier en règle et redoutant un contrôle de police. « Le fait d’être enfermés, à deux, sans pouvoir aller prendre l’air pour souffler un bon coup, le fait de ne pas avoir de vie sociale, rend la vie à deux infernale. » raconte Vanessa.

Ils doutent beaucoup, mais pas de leur amour. « Malgré les disputes, nous arrivons toujours à faire la paix et mettre les choses à plat. Au final, c’est assez constructif. » relativise Vanessa. « Heureusement, il y a des moments superbes, de rigolade, de partage, d’amour, de tendresse… » Ils n’envisagent plus de s’installer ensemble en Espagne, Miguel ayant quitté logement et travail pour rejoindre Vanessa à Nantes. Pour que Miguel puisse rester et régulariser sa situation, une seule solution s’offre à eux : se marier. « Si nous arrivons à traverser ça ensemble, après avoir vécu notre relation à distance, nous nous sentirons encore plus forts. » explique Vanessa. « On se dit que la vie à deux après le confinement sera certainement plus facile, nous aurons chacun notre espace, nous ne serons plus l’un sur l’autre. »

Faire des projets, même de court terme, pour avoir un horizon post-confinement, sentir qu’on a quelque chose qui nous attend, c’est bon pour le moral. Miguel et Vanessa ont hâte de retrouver les choses simples de la vie, passer des moments entre amis et en famille, se balader… et puis oui, se marier. Vanessa sourit : « Enfin… si nous ne sommes pas entre-tués pendant le confinement ! »


*Les prénoms ont été modifiés

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