Épisode 7 – « Je suis allée la voir en Suède malgré le confinement »

Épisode 7 – « Je suis allée la voir en Suède malgré le confinement »


Alors que les européens sont, pour la grande majorité, strictement confinés pour faire face au coronavirus, les suédois ont misé sur l’obéissance civile. En Suède, les bars et restaurants sont encore ouverts, les citoyens peuvent se promener, les écoles primaires n’ont pas été fermées. Malgré quelques mesures restrictives, la vie suit son court de façon plus ou moins habituelle. L’occasion pour des amoureux séparés de se rejoindre en Suède, malgré les risques que cela encourt. Naomie nous a raconté son histoire.



Ce furent une rencontre inattendue et des sentiments très forts, très rapidement. Naomie*, 30 ans, et Johanna*, 27 ans, venaient tout juste de se rencontrer une semaine plus tôt, lorsque Johanna quitte Paris pour rentrer dans son pays natal, la Suède. Mais sans trop hésiter, les deux jeunes femmes décident de se donner une chance, à distance.

Assez rapidement, Naomie et Johanna se rendent visite mutuellement pendant les week-ends au cours des mois de janvier et février. Les deux amoureuses se parlent tous les jours et leurs sentiments mûrissent. Puis à la mi-mars, le confinement est décrété. Dans l’incertitude quant à la durée de la situation, et par peur de de ne plus pouvoir profiter pleinement de cette relation naissante mais prometteuse, Naomie envisage d’aller voir Johanna en Suède malgré l’interdiction de voyager.

« C’est compliqué, vu que je suis un peu… impulsive et égoïste, j’ai envie de faire les choses que j’ai envie de faire. Même si l’idée me stressait. » explique Naomie. « Johanna est partagée : elle en a envie, mais elle se dit que du point de vue sanitaire, ce n’est pas une bonne idée. Sauf qu’en même temps, à chaque fois qu’on s’appelle, elle me dit qu’elle a envie de me voir et qu’il faut que je vienne. »

Indécise, Naomie n’ose pas demander l’avis de son entourage. Elle passe par des forums de discussion, cherche à savoir si d’autres gens sont dans sa situation. Mais les avis sont négatifs, on essaie de la décourager, de lui faire comprendre la gravité de la situation. « Et puis finalement, je ne sais pas exactement ce qu’il se passe mais je finis par prendre un billet. » conclut Naomie.

Pour faire face aux éventuelles questions de la police concernant son déplacement, elle prépare une histoire : son père habite en Suède, il est malade, il faut qu’elle aille lui rendre visite. Mais elle ne se sent pas à l’aise : « Sur le chemin j’étais assez tendue, avec ma petite valise j’avais peur de me faire contrôler et surtout, en arrivant à l’aéroport, j’avais peur de me prendre une amende, que l’on me pose plein de questions, que je finisse par ne pas pouvoir voyager ». Elle se renseigne auprès de la Police aux Frontières qui lui indique simplement de cocher la case « assistance aux personnes vulnérables » de l’attestation de déplacement, et ça devrait aller.

A l’aéroport, tout se déroule calmement, Naomie est rassurée, comme avec une impression d’avoir dépassé tous les obstacles. Mais à l’aéroport de Stockholm, dur de se faire passer pour une suédoise lorsque l’on a la peau noire. Elle sent qu’on la regarde bizarrement. « On me demande de m’arrêter et on m’emmène dans une pièce à côté pour contrôler mon bagage. » raconte Naomie. « La dame voit qu’il n’y a aucun objet dangereux, elle me demande de mettre mon bagage sur le côté et de l’ouvrir. Puis elle commence à me poser plein de questions pendant au moins quinze minutes : qu’est-ce que je fais là, pourquoi je suis là, pourquoi je voyage alors qu’en France on est en quarantaine. Je lui parle de mon « père » et elle me demande dans quelle ville il habite, depuis combien de temps il est en Suède… »

« Elle me posait tellement de questions, j’étais en stress ! » continue Naomie. « Ensuite elle commence à fouiller mes bagages, examine tous mes habits un par un… Sûrement pour voir si le contenu était en raccord avec mon histoire. Pendant ce temps, j’essayais de me rappeler ce que j’avais pris : je savais que je n’avais que des choses neutres, rien qui pouvait laisser penser que j’allais voir ma copine. A part un petit nounours, mais ça je pouvais dire que c’était pour mon père. Au bout d’un moment j’avais presque les larmes aux yeux avec toutes les questions, j’avais peur qu’elle me demande le numéro de mon père pour l’appeler… Au bout de 15 minutes elle me dit : « Bon ok, j’espère que ça va aller pour votre père ». Je me suis sentie un peu mal mais j’étais quand même soulagée. »

Libérée, Naomie prend le train en direction de Malmo, au sud de la Suède, à la frontière avec le Danemark, et rejoint enfin Johanna pour une semaine.

« Ça s’est vachement bien passé. J’avais un peu d’appréhension parce que c’était la première fois qu’on passait autant de temps ensemble. » confie Naomie. « J’ai souvent besoin d’avoir un peu mon espace de liberté, de pouvoir faire ce que je veux, donc j’avais peur de me sentir un peu enfermée, surtout qu’on ne sortait pas énormément. »

En Suède malgré l’absence de confinement, la vie sociale est au ralenti. Johanna souhaite limiter au maximum le contact avec les autres, et les deux jeunes femmes font quelques balades rapides, en privilégiant les grands espaces ouverts.

Depuis que Naomie est rentrée à Paris, tout se passe toujours aussi bien à distance. A priori, les deux amoureuses ne vont pas pouvoir se revoir avant le mois de juin, mais il est prévu que Johanna revienne s’installer à Paris d’ici la fin de l’année, chez Naomie, cette fois.

Avec un peu de recul, Naomie réfléchit à son expérience : « Je sais que j’ai pu me mettre en danger ou mettre d’autres gens en danger mais je sais aussi que je n’ai pas voyagé pour partir en vacances me dorer la pilule… J’aurais pu aussi ne pas le faire, mais je sais pour quelle raison je l’ai fait et je sais qu’en dehors de cette escapade, au quotidien je suis plus sage, je fais attention… C’est un peu égoïste mais bon, je ne vais pas me lapider parce que je suis allée voir ma meuf ! ».


*Les prénoms ont été modifiés.

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