Episode 8 – « On s’est confinés ensemble 5 jours après s’être rencontrés sur Tinder »

Episode 8 – « On s’est confinés ensemble 5 jours après s’être rencontrés sur Tinder »

A l’annonce du confinement le soir du 16 mars, dans la confusion générale, entre l’appréhension et les doutes des Français, une même question aux lèvres de tous : « tu te confines avec qui ? ». Pour certains, ce fut un retour express chez les parents, par désir d’être proche de la famille en ces moments incertains, de retrouver un endroit sûr où l’on sera chouchouté. D’autres ont porté leur choix sur un confinement plus festif entre amis, d’autres encore sur un confinement en solo, pour un temps précieux avec soi-même. Charles*, 28 ans, s’est confiné chez sa mère avec son date Tinder, Violet*, 28 ans, 5 jours après leur rencontre. Il nous raconte.


« J’avais fait une croix sur Tinder. Je m’étais dit que pour que je rencontre quelqu’un, il fallait que j’arrête de chercher ». Charles veut tomber amoureux, mais, malgré de belles rencontres, il n’y trouve pas son bonheur. Pourtant à la mi-février, nouvellement célibataire, il redonne une chance à l’application. « Un peu désabusé, en sachant de manière beaucoup plus claire cette fois que je ne cherchais pas à me mettre en couple », Charles cherche un « plan couette », c’est-à-dire quelqu’un « avec qui partager de la tendresse, de l’affection. Une relation où tu partages plus que de la sexualité, mais sans pour autant qu’il y ait des perspectives de couple qui soient pesées d’emblée ».

Le mercredi précédant le confinement, il a un premier rencard avec Violet. Ils se plaisent immédiatement : « J’ai senti une très bonne connexion, un bon feeling », confie-t-il. « Pour le coup avec elle, il y a un truc qui m’attirait, qui me faisait palpiter. On partageait pas mal de choses d’un point de vue politique, féministe… ». Ils passent la nuit ensemble, celle d’après aussi et, de fil en aiguille, se voient tous les soirs jusqu’à l’annonce du confinement.

Lorsque les informations commencent à circuler avant l’allocation d’Emmanuel Macron, Charles et Violet décident initialement de rester confinés ensemble à Paris. L’un habitant dans le 18ème arrondissement, l’autre dans le 19ème, ils ne s’engageaient pas nécessairement à passer deux mois complets ensemble. Mais lorsque la mère de Charles lui propose de venir se confiner chez elle, en Normandie, avec Violet, ils acceptent, amusés. « On s’est dit : « C’est un peu fou mais on n’a qu’une vie, allez » ! » rigole Charles. C’était aussi l’occasion pour Violet, originaire de Grande Bretagne et n’ayant pas de famille en France, de ne pas passer le confinement toute seule. « A ce moment-là je me disais : franchement elle a l’air vraiment trop cool » s’enthousiasme Charles. « On avait une super complicité, on partageait un même regard sur le monde. »

Le confinement commence et la première semaine est ainsi teintée de l’enthousiasme de leur relation naissante et de leur complicité très forte. Mais après ces premiers temps d’emballement, Charles commence à sentir Violet un peu plus distante, plus froide. « Ça m’a un peu dérouté, je ne comprenais pas » explique Charles. Violet lui confie alors être quelqu’un de très solitaire, avec un penchant naturel pour la mélancolie, et être encore en train de gérer des épisodes dépressifs vécus il y a quelques années, ainsi qu’une rupture récente et compliquée. Elle fait également face à des syndromes prémenstruels assez lourds et pense souffrir d’une ménopause précoce. « Donc moi je découvre ça, j’essaie d’être le plus aidant possible, de ne lui mettre aucune pression, de l’aider à mettre des mots sur ce qu’elle ressent. » raconte Charles. « Je lui ai dit qu’on n’était pas obligés d’être en couple, d’être amoureux, mais qu’il fallait au moins qu’on soit une team, qu’on soit solidaires. On n’est pas obligés d’être tout le temps ensemble mais quand on l’est, il faudrait que ce soit voulu… Si on fait des balades mais que pendant la balade tu ne me parles pas, autant qu’on ne se balade pas ensemble. »

« Voyons-nous moins, partageons moins, mais que ce soit bien » conclut Charles. « Je pense qu’après elle a compris qu’elle pouvait compter sur moi, du coup elle était de meilleure humeur. On est repassés par une phase positive d’enthousiasme, on a recommencé à faire l’amour alors qu’au début on le faisait assez peu. »

Pour l’instant, Charles et Violet ne parlent pas d’amour. Ils sont encore trop pudiques pour mettre les choses à plat de cette façon, et il est encore trop tôt. Mais Charles, sans comprendre pourquoi, n’a pas l’impression d’être en train de tomber amoureux. « C’est quelque chose que je ne ressens pas en moi » se désole-t-il. « Je pense qu’il y a moyen de comprendre tout ça mais ça demande un travail d’introspection, d’analyse de ce que tu ressens… Peut-être que j’ai senti que je n’étais pas prêt, que je n’avais pas les épaules pour une personne que j’ai sentie fragile. »

Charles regrette la vitesse à laquelle les choses se font habituellement lors d’une rencontre via une application. « Peut-être que dans les rencontres Tinder ou globalement quand on couche le premier soir, quand une relation va trop vite, quand elle est trop livrée, trop acquise, ça empêche aussi d’une certaine manière de tomber amoureux »

« Quand tout va trop vite, et surtout si derrière vous passez le confinement ensemble, il y a quelque chose de très intense, tu découvres une personne sans fioritures » ajoute-t-il. « Violet m’a rencontré chez ma mère, où je me comporte comme un ado… Peut-être que le fait de s’être lancés à 2000 à l’heure dans ce truc a cassé une certaine forme de prudence, de timidité, de mystère. »

Malgré tout, Charles est heureux de passer le confinement avec Violet, apprécie pouvoir partager de la tendresse et de la complicité avec elle. Car s’il ne sait pas encore l’évolution que connaîtra leur relation, c’est une personne qu’il a pu réellement découvrir, réellement rencontrer. Et couple officiel ou non, amoureux ou non, chaque rencontre est enrichissante. Chaque relation l’est aussi. Difficile de mettre celle-ci dans une case, mais il conclut en rigolant : « C’est un plan couette, mais plus plus plus ».  


*Les prénoms ont été modifiés

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